Et c'est bien l'essentiel.
"Il vient se faire adouber comme riche reconnu par les siens."
"Quand vous faites un débat, si vous êtes en permanence en train de parler pour couper la parole des autres, vous venez pas assister à un débat pour faire entendre votre position, vous venez assister à un one man show."
"En démocratie (...) il ne faut pas opposer les uns aux autres."
Les Trois petits cochons est un conte bien connu du XVIIIe siècle : trois jeunes suidés quittent le domicile familial pour vivre leur propre vie loin de leur truie de mère. L'un fabrique sa maison en paille, l'autre en bouts de bois, le dernier avec de solides briques et du ciment. Débarque un loup, vaillant, courageux et bouffeur de cochons comme tous les loups, et le loup veut naturellement dévorer les cochons.
Fort de sa force, canis lupus souffle sur la première maison, qui s'envole illico, ainsi que son propriétaire de paille directement vers son cadet de bois. Puis le loup, décidé, rassemble son haleine sur la deuxième cahute, qui s'effondre à son tour sur les deux verrats horrifiés. Protégés par les robustes murs de mortier et de terre cuite, les trois petits cochons attendent ensuite au coin du feu - sur lequel bout la marmite - que le stupide canidé s'époumone sans succès et décide, malin ramoneur, de rentrer dévorer la grasse fratrie en s'infiltrant par la cheminée. Mal lui en prend, comme chaque enfant de cinq ans le prévoit aisément : le loup s'ébouillante dans la marmite. Soit il meurt, soit il fuit : c'est à la discrétion des versions.
À propos de loups et de cochons : que vaut la virulence publique de Bayrou contre Cohn-Bendit dans un débat à la télé ? Que vaut la rage de ceux qui jugent Polanski à la place d'un juge qualifié ? Que valent les vitupérateurs qui exhibent leurs canines contre Mitterrand sans avoir lu la première page de sa Mauvaise vie ? On ne parle pas de morale ici, mais de justice. On ne parle pas de désir d'enfants ni de pénis mal placé. On parle de modération, de pondération. De recul. Un peu de recul nous ferait du bien, à tous : mélanger morale et justice, c'est le signe indéniable que ni l'une ni l'autre ne fonctionnent plus normalement. C'est la frontière avant la lapidation, ou bien la guillotine.
Amusante collision d'informations pas forcément contradictoires, mais collision révélatrice, sans aucun doute, du sentiment d'ubiquité, voire de schizophrénie, dans lequel le genre humain tâtonne avec l'émergence permanente des possibles en matière de technologie. Dans un court article (The Guardian, en anglais), l'immense romancier et linguiste Umberto Eco se désole de la disparition — de la perdition — de l'art de l'écriture manuscrite : quand ils ont accès à l'ordinateur, les enfants d'aujourd'hui, génération SMS s'il en est, ne savent plus écrire à la main, sinon laborieusement. Et le problème est similaire avec le niveau d'orthographe. Et pas uniquement chez les enfants.
Pourtant, selon Eco, la "tragédie" ne remonte pas uniquement à l'arrivée massive des ordinateurs et des téléphones mobiles dans notre vie : déjà, les générations passées produisaient souvent une écriture oblique pas nécessairement compréhensible. Soit par la position de la feuille (légèrement inclinée, la main tenant la feuille par un coin), soit par les multiples contorsions que le poignet — pourtant formaté à des nombreuses et douloureuses heures de lignes d'écriture — était forcé de s'appliquer pour éviter que les tâches d'encre ne souillent le papier immaculé. Pour le linguiste italien, le responsable (postérieur à la plume, mais antérieur au clavier) est bien le stylo à bille, délestant l'humanité de l'âme, du style et de la personnalité qui s'inscriv(ai)ent dans l'écriture manuscrite.
Eco remarque que la nouvelle éminence de la technologie possède d'indéniables atouts : en tapant bien et vite sur notre clavier, nous encourageons le développement de la pensée rapide, et les correcteurs orthographiques mettent (la plupart du temps) le doigt sur nos erreurs. Par ailleurs, il n'est pas question de s'offusquer ici de l'écriture SMS, évolution logique du langage — le linguiste rappelant au passage que sur ce sujet chaque génération, par conservatisme, est en désaccord avec la suivante.
Cependant, l'écriture manuscrite encourage le "dialogue" entre l'œil et la main, et c'est ici que se situe le problème de sa "perdition". Écrire à la main prend du temps, et nous oblige à penser à la phrase avant de la composer. Eco milite pour un retour de l'apprentissage de la calligraphie pour les plus jeunes, rappelant que l'humanité a retrouvé le plaisir de faire du sport tel qu'on le pratiquait dans l'antiquité alors que la civilisation l'avait jugé obsolète durant des siècles ; qu'on ne monte plus à cheval pour se déplacer mais que les enfants raffolent des cours de poney ; que la navigation de plaisance perdure comme au temps des Phéniciens malgré l'avènement des bateaux rugissants. En envoyant nos enfants dans des écoles de calligraphie, non seulement nous leur enseignerions ce qui est beau, mais nous leur offririons un indéniable bien-être psychomoteur.
Alors, pourquoi parler de "collision" d'informations ? Intuitivement, on pourrait donner raison à Umberto Eco. Après avoir déduit de notre journée type les heures passées à écrire avec l'aide d'un clavier, combien de temps reste-t-il à l'écriture manuscrite ? Nos jolies cursives vont-elles disparaître sous la nécessaire mutation technologique de notre civilisation ? Une vidéo donne aujourd'hui envie de penser le contraire. Dévoilée par Gizmodo, elle met en scène un prototype de tablette graphique d'un nouveau type, pondue par la R&D de Microsoft et largement inspirée de l'ergonomie de l'iPhone d'Apple. Une différence — de taille : la tablette se présente comme un livre, elle est flanquée d'un "stylo" et encourage à tout moment l'interaction entre l'œil et la main, suscite la prise de notes manuscrites, permet à l'écriture de revenir en force sur un terrain qu'on lui avait retiré. C'est un petit détail, mais il compte — sans doute — énormément.
Curieux nom pour cette manifestation joyeuse qui rassemble unanimement la bourgade de Montesson (Yvelines) chaque année depuis plus d'un siècle. Tout au long de la journée, la ville est animée de chars fleuris, de badauds nonchalants couverts de confettis, de stands improvisés par les boulangeries, non loin de l'église, où se vendent (comme des petits pains, évidemment) les fameux pâtes feuilletées à la saucisse. La fête se poursuit en musique, devant l'hôtel de ville, au balcon duquel se perche l'inévitable édile et sa cour, mais surtout la sublime Miss Montesson et ses ravissantes dauphines conquises (comme l'audience) par les mélodies enchanteresses qui se succèdent jusqu'à la tombée du soir - quand Basques, Bretons et Portugais tournent, crient, valsent dans la joie et la bonne humeur partagées.
Le diaporama photo sur Flickr : http://bit.ly/Uyckq
Pour ceux qui, loin de Paris, ne peuvent accéder au 5e étage du musée national d'art moderne au centre Beaubourg, cette modeste visite.
For those, distant from Paris, who cannot reach Beaubourg's National Museum of Modern Art, please enjoy this humble gallery.